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L’une démarre un doctorat, l’autre un post-doc de deux ans. Ce binôme de chimistes vient de rejoindre l’équipe 2 du CRCI2NA dans le cadre du projet ERC SAt-Radio pour lequel François Guérard a décroché une bourse Consolidor Grant en 2022.  Rencontre avec Camille Custodio et Sébastien Guillet.

Quel a été votre parcours avant de rejoindre le CRCI2NA en novembre 2023 ?

Camille Custodio : J’ai fait une école d’ingénieurs en chimie à Clermont-Ferrand avec une spécialité en chimie fine et pharmaceutique, ainsi qu’un master de chimie alternative en double diplôme. J’ai découvert la radiochimie à l’occasion d’un stage en Suède. Au cours de mon parcours, j’ai pris conscience que je préfère la recherche au développement. Mon stage de fin d’études chez IBA en Belgique a confirmé mon envie de faire une thèse en lien avec la radiochimie.

Sébastien Guillet : Pour ma part, j’ai toujours été intéressé par la recherche dans les tous les domaines. J’ai moi aussi fait une école d’ingénieurs généraliste à Paris, puis une thèse de chimie organique à l’université de Gand en Belgique qui portait sur les complexes métalliques des carbènes N-hétérocycliques (NHC) et que j’ai soutenue en septembre 2023. Je faisais alors de la chimie pure, très fondamentale. Je n’avais jamais entendu parler de l’astate ou d’Arronax. Jamais je n’aurais pensé avoir la possibilité d’appliquer mon expertise sur les NHC à la lutte contre le cancer !

Le projet SAt-Radio vise à explorer de nouvelles modalités de liaisons chimiques entre l’astate 211 et la molécule vectrice qui assure son transport jusqu’à la tumeur, pour assurer une meilleure stabilité de ce complexe in vivo. Sur quels aspects de ce projet allez-vous travailler ?

SG : Mon projet prend la suite de celui de Mathilde Ligeour, qui vient de soutenir sa thèse de doctorat dans le laboratoire. Il s’agit de tenter de stabiliser les liaisons At-211 en utilisant différents NHC. C’est un sujet très spécifique, ce qui le rend particulièrement intéressant. Camille et moi avons des profils complémentaires, elle en radiochimie et moi en chimie de complexation. J’interagirai aussi avec un autre post-doc arrivé au Ceisam au même moment pour travailler sur les aspects de modélisation de l’At-211. Je débute avec l’astate et vais donc commencer par me former auprès de l’équipe pour apprendre à manipuler cet élément et l’iode qui a des propriétés proches.

CC : Dans le cadre de ma thèse*, je vais m’intéresser aux propriétés métalliques de l’At-211 et chercher des ligands pour le chélater afin de proposer une alternative aux liaisons covalentes astate-carbone. Là aussi, il y aura des aller-retours entre manips au labo et modélisation avec les outils développés au Ceisam et à Subatech. Les premières fourniront des données pour la seconde et grâce aux outils de modélisation, on pourra tester plusieurs ligands. Si ces recherches avancent bien, nous pourrons peut-être aussi initier des études in vivo avec les biologistes du CRCI2NA.

Comment percevez-vous la recherche nantaise et votre nouvel environnement de travail ?

CC : Je viens d’arriver à Nantes. Ici tout est nouveau pour moi, la ville comme le laboratoire, son expertise et ses partenaires. De l’astate, je sais encore peu de choses si ce n’est que c’est un élément prometteur pour la médecine nucléaire. Je l’ai découvert en lisant le sujet de thèse proposé par François Guérard ! Ensuite, j’ai eu du mal à candidater ailleurs tellement je voulais travailler sur ce projet. Pour la chimiste que je suis, c’est enthousiasmant d’intégrer une équipe engagée dans la thérapie. J’apprécie que l’équipe de radiochimie soit relativement petite, c’est une échelle qui me convient bien. A titre plus personnel, je suis heureuse de m’être rapprochée de ma famille en Bretagne.

SG : Je suis impressionné par le plateau de radiobiologie disponible ici, qui est une très belle installation. Depuis mon arrivée en novembre 2023, j’échange beaucoup avec mes collègues et je découvre, au sein de l’équipe que j’ai rejointe et de ses partenaires scientifiques locaux, beaucoup d’expertise autour de l’astate, tant au niveau théorique que pratique. J’ai vraiment hâte de commencer !

* La thèse de Camille Custodio est dirigée par François Guérard (CRCI2NA), lauréat de la bourse ERC dédiée au projet SAt-Radio, et co-dirigée par Gilles Montavon (Subatech). Elle est financée à 100% par cette bourse.